ELECTION EN TUNISIE : LES CITOYENS ONT PRIS LA PAROLE ET ONT CHOISI LEUR CAMP !
S’il s’agissait d’un séisme, le printemps arabe aurait pour épicentre la Tunisie.
Point de départ des contestations contre les régimes du monde arabe, la Tunisie vient d’inscrire dans son livret historique une étape cruciale, une phase historique, le passage d'une dictature vers un régime plus souple avec des élections libres et transparentes sous l'œil des observateurs internationaux.
Faut-il nuancer la réalité ou dire les choses telles qu’elles sont ?
C’est là qu'intervient concrètement l'éthique intellectuelle. S'il faut parler de l'espace tel qu'il est réellement, la société en veut également plus.
Il est de notre devoir en tant qu’intellectuel, de donner la bonne analyse des faits ainsi que les conséquences qui en découlent sans pour autant nuancer leurs causes exactes car ceci ne ferait que fausser les prévisions, oxyder les enseignements tirés en les rendant rapidement plus volatils que jamais.
Comme l'avait bien remarquait Blaise Pascal, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » et la Tunisie, au lendemain des premiers élections libres confirme une telle position.
Beaucoup s'attendaient à voir une autre vision de la liberté par les Tunisiens qui ont combattu en toute solidarité et ont réussi à s'extirper de la dictature Ben Ali, mais le résultat est connu :
Une victoire éclatante des islamistes d'Ennahda avec 41,47% des voix.
Ce qui est sûr, c’est que chaque peuple a ses réalités et compose avec son espace, son territoire.
La distance qui sépare les peuples régit les différences et rien n'est négligeable, fusse-t-elle l'épaisseur de la plus petite ligne frontalière séparant deux hameaux de deux pays par exemple. Leurs cultures, leurs croyances sont différentes malgré la proximité car elles appartiennent à deux entités territoriales distinctes.
Chaque société, chaque peuple, chaque communauté a ses propres valeurs, ses croyances, sa culture, ses propres règles et normes sociales dont il faut tenir compte tant en politique qu’en législation. Or, lorsque l’on prétend contourner toutes ces réalités qui identifient l’individu même comme entité appartenant à un territoire, à une communauté et/ou à une nation, le risque d’installer le chaos est alors élevé. L’histoire en est le témoin avec des sociétés qui se cherchent toujours et ne parviennent pas à se retrouver. L'Afghanistan, l’Irak.
Et dans le cas d’une société pour laquelle on veut faire perdre tout cela, les résultats sont connus. Et pour la Tunisie, tout est partis d’un manque de tolérance vis à vis d’un jeune homme dont la stratégie de riposte a coûté certes sa vie mais également les fauteuils voire la vie (Kadhafi) des chefs d'Etats mythiques du Maghreb.
Toutefois, les résultats observés de ce vote montrent une société tunisienne fidèle elle-même, à son histoire, à ses origines, à sa culture quoiqu’on puisse en dire.
La victoire de l’Ennahda révèle une fois de plus des fractures que Ben Ali a bien voulu colmater bon gré malgré. Les causes profondes des troubles intervenus occasionnant son départ n’ont en rien un lien ni avec les prétendues aspirations à plus de démocratie ni moins aux fondements constitutionnels tunisiens mais plutôt à l’exploitation abusive de ces principes à des fins purement politiques et hégémoniques d'un homme et de son clan. Car il faut le noter, la Tunisie s’inspire beaucoup de l’architecture juridique occidentale notamment la France.
La corruption et l’existence d’un pouvoir en place qui n'a pas répondu aux préoccupations sociales comme il se devait (avec une centralisation du pouvoir financier, de la richesse d'un pays par un groupe en plus d'un manque excessif de tolérance) ont suscité la révolte d’un peuple qui a du mal à trouver des repères depuis la crise financière de 2008.
Dans un tel contexte, ce n’est pas anodin qu’un peuple sorti d’une si longue période monarchique appelle des islamistes au secours. C’est un espoir fondé sur la logique islamique qui reflète le faciès principal longtemps caché de la société arabe tunisienne.
L’Ennahda remporte alors ce scrutin pour une assemblée constituante à 41,47 % ce qui est symbolique pour une société pourtant prétendue en otage de son passé culturel.
En somme, la demande populaire semble donc mal perçue ou comprise come en témoignent les nombreuses réactions foisonnantes sur la toile relevées au lendemain des émeutes. La cause est belle et bien socioculturelle avec une crise des valeurs. La société Tunisienne a massivement opté pour un retour à un Islam tolérant et solidaire pourvu que l’Ennahda ne se radicalise avec le temps.
Reste maintenant à voir jusqu’où nous mènera cette « danse » à la turque revendiquée par les islamistes et leur chef Rached Ghannouchi qui se réclament laïcs et modérés à l’« Erdogan ». Espérons que les autres pays voisins emboîtent le pas car, pour le coup, l’Egypte semble perdre le contrôle de son destin après Moubarak.